30 octobre 2008
Je suis venue te dire que je m'en vais
Mon Inde,
Toi qui m’a si gentiment, mais aussi parfois durement, accueillie pendant ces quatre derniers mois, je suis venue te dire que je m’en vais. Oui, je te quitte. C’est une décision difficile mais il faut parfois prendre ses responsabilités et ne pas être lâche. Il faut parfois dire stop même si une partie de sa raison pense qu’on aurait pu continuer. Il faut parfois être adulte et savoir se préserver. Alors, voilà, mon Inde, je prends mon avion ce soir.
Tu m’as vaincue. Je suis beaucoup moins forte que ce que je pensais. Malgré tous les efforts que j’ai fournis, je ne me sens pas capable de continuer notre histoire jusqu’au bout, de t’affronter encore car on restera toujours sur ton terrain de jeu. Il y a trop de choses chez toi que je ne peux plus accepter et je sais que je n’ai ni la force ni les moyens de te changer. C’est difficile de te quitter. Je déteste abandonner. Mais cette fois-ci, j’assume, je capitule. C’est un immense échec dont je mettrai certainement beaucoup de temps à me remettre. J’avais mis tellement d’espoir en toi… Beaucoup de gens croyaient en notre histoire, je m’excuse de les décevoir… Ce n’est pas un échec vis-à-vis de mon égo, il n’en reste plus grand chose après notre aventure. Ce n’est pas un échec vis-à-vis des autres car je crois que personne ne peut te comprendre sans avoir vécu à tes côtés quelques temps, et que, de toute façon, chaque histoire est unique. C’est un échec juste vis-à-vis de moi-même car je n’ai pas su remplir mes objectifs.
Mon Inde, cela fait un moment que je pense à notre rupture. Mais j’ai voulu continuer pour voir jusqu’où je pouvais aller, pour savoir sur quoi notre histoire allait déboucher. Je me suis longtemps persuadée que je pourrais surmonter tous ces défauts que je te reproche. J’ai voulu me défier, tout le temps, repousser mes limites. Je crois que je suis allée un peu trop loin. Je n’ai pas réalisé à quel point cela pouvait m’affecter. Mon Inde, tu m’as bien bousillée. Tu m’as vue bien triste et déboussolée, et tu ne m’as pas laissé de répit, jamais. Tu n’as pas pris soin de moi, tu m’as trop bousculée. Et moi, je ne sais pas prendre soin de moi toute seule. Je n’aurais pas dû me reposer autant sur toi. J’aurais dû me battre plus contre moi-même. Mais je crois que la tolérance a ses limites aussi ; il y a des choses que nous n’avons pas le droit d’accepter.
Il y a tellement de choses chez toi dont je me sente coupable. Je sais, tu as eu ton histoire, ton passé, tes expériences et je ne pourrai jamais effacer tout ça. Mais tu as parfois des comportements que je ne peux et ne veux accepter. Cette indifférence que tu dégages envers tes plus proches, cette intolérance dont tu peux faire preuve, cette hiérarchie que tu as créée de toutes pièces dans tes relations avec les autres. Si je peux me permettre de te critiquer un peu, je te complimenterai plus tard, je crois que ton pire défaut est ta fatalité ; elle me dépasse. Elle m’insupporte. Elle me rend folle. Je ne peux pas vivre avec quelqu’un qui accepte tout, quelqu’un d’insensible, quelqu’un qui donne l’impression de ne jamais remettre sa vie en question, de ne jamais être affecté.
Magré tout, je te remercie mon Inde. Je te remercie de m’avoir autant appris. Merci de m’avoir appris que chaque aventure nous permet de connaître nos limites. Je suis arrivée ignorante. Petit à petit, tu t’es dévoilée, parfois peut-être un peu trop, mais tu es comme ça. Tu aimes tellement donner. Avec toi, c’est tout ou rien. Tu ne connais pas vraiment la nuance. Je te reproche alors d’être peut-être un peu trop dure, incisive, tranchée. Tes sautes d’humeur, ta complexité, tes contrastes, j’ai eu du mal à les comprendre, à les appréhender, à les apprivoiser. Pendant quelques heures, tu me montres toute ta beauté et ta sensibilité. Il suffit d’une seconde pour que tu te transformes en véritable monstre.
Tout ce que nous avons partagé, je ne le retrouverai avec personne d’autre, crois moi. Mon ex, France, ne peut pas rivaliser. Elle n’est clairement pas à la hauteur. Alors, ne t’inquiète pas, je ne te comparerai avec personne d’autre. Tu es trop unique, notre relation trop passionnelle. C’est le problème des histoires trop passionnelles, elles vacillent entre haine et amour. Personne d’autre ne pourra me bouleverser autant que tu l’as fait, peut-être souvent à tes dépends. Avec ma France, rien n’est pareil. Nous menions une petite vie tranquille, bien rangée, presque futile, presque trop lisse. Métro, boulot, resto, dodo. Les semaines se succédaient et se ressemblaient. Avec toi, chaque jour est une nouveauté. Bonne ou mauvaise, mais j’apprends tous les jours. Je me sens vivre. Je suis trop jeune pour me laisser vivre, pour me laisser dépasser par un quotidien sans saveur ni odeur.
Je te fais la promesse que je ne retomberai pas dans le panneau. Je te promets que je ne te tromperai pas avec elle, dans ma tête je resterai fidèle. Je ne veux pas reprendre mes petites habitudes. Je ne veux pas me plaindre tout le temps. Je ne veux pas être indifférente. J’ai juste besoin d’un environnement plus calme, pour reprendre un peu mes esprits et penser à mon avenir, si incertain et mystérieux.
Mon Inde, je te remercie aussi de m’avoir présenté toutes ces personnes que je n’oublierai jamais. Ish, Gaurav et Dyvia qui m’ont épaulée quand tu étais trop dure avec moi. Ma petite famille Sikh en bas de la maison, toujours si disponible et serviable. Ce petit vendeur du feu rouge à qui je repense souvent pour me redonner le sourire. J’aurais pu tout faire pour lui. Malheureusement, je l’ai un peu perdu de vue ces derniers temps. Si tu pouvais prendre soin de lui, et de tous ses copains aussi, leur offrir un peu d’amour et de tendresse. Tous ces petits enfants de PaharGanj dont le sourire a plus d’une fois illuminé mes journées. Mon petit Karan du bureau, si touchant. C’est quelqu’un de bien, je te promets. Il mérite d’être heureux. Mon collègue de cigarettes si attachant. Tous ces gens miséreux que j’ai croisés et que j’ai essayé d’aider. Je sais que j’aurais pu en faire beaucoup plus pour eux. Pardonne-moi… Mon petit livreur indien au visage d’ange, toujours souriant. Tous ces conducteurs de vélo rickshaw qui m’ont souvent transportée à la force de leurs jambes. Je ne peux pas tous les citer, j’ai tant d’images dans ma tête qui ne se dissiperont jamais, j’espère…
Je vais en rester là pour aujourd’hui. Je t’écrirai sûrement encore quelques lettres, j’ai encore tellement de choses à te dire. On n’a qu’à se dire que c’est un break, ok ?? Je suis pas trop pour les breaks d’habitude. Je crois que je préfère les choses bien tranchées aussi. Mais on peut faire une exception, non ? Ça te va comme ça ?? Je veux ma revanche ! Je veux te revoir pour te montrer ce que j’ai vraiment dans le ventre. Alors, si tu veux, on prend un peu de distance, je me repose, je vais retrouver un peu ma famille et mes amis. J’ai un peu de mal avec les relations trop exclusives. Notre aventure m’a fait prendre conscience à quel point j’avais besoin, au-delà de ta compagnie plus que permanente, d’être entourée. C’est dommage que je ne puisse pas te ramener avec moi ou venir ici avec tous mes amis. Je suis sûre que je l’aurais beaucoup mieux vécu. En tout cas, je t’assure que notre histoire n’est pas finie, elle est loin d’être terminée. Peut-être que dans quelques années, tu seras plus apaisée, moi aussi, et on pourra repartir du bon pied. Je ne sais pas encore quand mais on se retrouvera, c’est une certitude, une des seules que je puisse avoir.
Mon Inde, pour l’instant, je te confie mon petit Antho pendant quelques semaines encore. Je m’en veux de le laisser seul avec toi. Tu peux être si colérique parfois, nous faire tant de mal, c’est toujours plus facile quand on a quelqu’un à ses côtés pour partager, pour se défouler. Si tu pouvais prendre soin de lui et l’épargner un peu, je t’en serais très reconnaissante. Ce sera ma dernière requête…
28 octobre 2008
Femmes indiennes
Les femmes en Inde méritent quelques lignes...
Peu avenantes au premier abord peut être par jalousie de ma liberté ou par dégoût, peu souriantes, plutôt absentes, elles représentent malgré tout plus de 500 millions de personnes.
Je réalise en Inde la chance que j'ai d'être Française, d'avoir des droits et surtout des libertés, d'être respectée, la plupart du temps... Je réalise que tout ce que j'ai n'a rien de naturel. Je réalise à quel point la femme peut être laissée de côté et méprisée.
Dans les rues de Delhi, la femme indienne est quasi-absente. Même si les moeurs évoluent lentement, progressivement, l'épouse indienne reste chez elle. C'est l'époque de Cromagnon, l'homme travaille, la femme cuisine. Selon les mots de Ish, sa femme est une DMD (Domestic Management Director). Ish ne comprend pas qu'une telle réflexion puisse nous choquer. Car ce n'est pas qu'une blague mysogine, c'est beaucoup plus profond que ça. Il existe même dans la tradition hindoue un jour dans l'année où la femme jeûne toute la journée pour son mari et ne peut se nourrir qu'à la nuit tombée au retour de son époux. Il y a même sur les boîtes d'allumettes des blagues type énigmes Carambar qui n'ont pourtant pas la même portée...
Il y a, dans les restaurants, des pancartes qui stipulent : "Every man needs a wife, because many things go wrong that can't be blamed on the government"...
En Inde, la femme n'est pas cachée, voilée comme elle peut l'être dans les pays de confession musulmane. Dans les familles Sikh, c'est même l'homme qui porte le turban, sa femme ressemblant à n'importe quelle hindoue. C'est juste une tradition que la femme reste chez elle à chouchouter son mari. Juridiquement elle a des droits, elle peut travailler, elle peut voter. Ca me paraît absurde d'écrire ça... Mais, dans la vraie vie, elle ne le fait que rarement. Dans la tour de 15 étages où je travaille qui doit regrouper plus de 150 entreprises, je pense avoir croisé une trentaine de femmes, et encore... Je suis la plupart du temps seule encerclée d'hommes dans l'ascenseur.
Je n'ai jamais eu de rendez-vous avec une femme et je me rends compte à chaque entretien que je dois me battre pour que l'on m'écoute et me respecte. Je dois dire que je suis mariée avec un Indien et que je vis ici depuis plusieurs années. Si à 23 ans, je ne suis pas mariée, cela signifie que je ne suis bonne à rien.
Bien sûr, la société évolue petit à petit avec son temps... Mais, grâce aux témoignages de Romain, je sais que même aujourd'hui, dans les universités indiennes, les femmes restent largement minoritaires.
Ces femmes dont je vous parle, ces femmes qui restent à la maison, sont bien évidemment les femmes qui ont un mari qui gagne suffisamment bien sa vie. Suffisamment bien sa vie, c'est-à-dire classe moyenne indienne, c'est-à-dire au-dessus de 500-600 euros par mois.
A côté de ça, il y a les femmes upper upper class qui ne travaillent pas forcément mais qui savent parfaitement occuper leurs journées. On les retrouve dans les bars et les boîtes hype de Delhi dans des tenues que même des Occidentales libérées n'oseraient pas porter.
De l'autre côté, il y a les femmes des basses castes et pour elles, c'est travail presque "forcé". C'est travail jour et nuit sur les chantiers. C'est mendicité au feu rouge avec leurs enfants dans les bras.
Même au bout de plusieurs mois ici, je suis encore choquée de les voir porter des pyramides de briques sur la tête alors que les hommes ne font que les charger. Je suis encore choquée de voir toutes ces minuscules jeunes ou moins jeunes femmes de ménage au physique plus que courbé qui balayent à quatre pattes par terre, le corps frêle, les sols de leurs aisés propriétaires. Je les reconnais de loin maintenant. Elles sont souvent petites, maigres et finissent vieilles et toutes abîmées par leurs efforts.
Il y a toutes ces jeunes filles, aussi, mariées de force trop jeunes, parfois avant même d'avoir dix ans, et qui se retrouvent forcément veuves très tôt. Et vu la dépendance matérielle et sociale de la femme envers son mari, la veuve ne peut être qu'exclue de sa famille et de la société au sens large. Alors elle s'isole dans un ashram, où sont regroupées des femmes dans sa condition, ou elle n'a d'autre choix que de mendier pour survivre.
Enfin, il y a la femme occidentale en Inde et le regard qu'elle suscite. J'en ai déjà souvent parlé mais sans jamais vraiment l'expliquer. Il y a des regards de curiosité car la femme blanche, blonde aux yeux clairs, ne court pas les rues à Delhi. Ces regards ne sont pas oppressants car ils sont souvent accompagnés de sourires et de mots gentils. Il y a tous ces hommes qui passent en scooter à côté de mon rickshaw et qui freinent pour me regarder. Il y a tous ces enfants qui me disent bonjour dans la rue et me sourient. Mais il y a aussi et surtout tous ces regards liés à la perception qu'ont les Indiens de la femme occidentale. L'Occident, c'est la libération, c'est l'argent, c'est le sexe desinhibé. Alors, pour un Indien pour qui tout ça reste tabou, je dois être plus qu'open... Quand je fume une cigarette dans le couloir et que je m'assois sur les escaliers, ils descendent une dizaine de marches plus bas au cas où ils pourraient apercevoir quelque chose d'indécent. Mais ils le font très sérieusement, très confiants. Ils peuvent passer dix minutes à me fixer droit dans les yeux. L'Indien sait tenir le regard. Je ne sais pas si c'est une qualité. Il peut y avoir parfois, comme ce fut le cas à Jaipur, des gestes vulgaires que je préfère oublier. Il y a des situations où je me suis retrouvée seule et où rapidement, je ne me suis pas sentie très bien. Car si l'Indien n'est pas quelqu'un d'agressif et pour qui tout reste le plus souvent dans le regard, l'instinct primaire peut vite refaire surface. Dans le train en revenant d'Agra, j'ai réalisé le "danger" pour une femme de voyager seule en Inde. Heureusement qu'Antho est vite arrivé...
Où que j'aille, on me regarde. Que je sois en pantalon tee-shirt, en robe, en short débardeur. Et ce n'est pas toujours agréable quand, dans mon propre quartier où ils me voient passer tous les jours depuis maintenant près de quatre mois, dix hommes s'arrêtent de parler pour me regarder passer. Ils parlent en hindi, je ne sais pas ce qu'ils disent, si ils m'insultent ou si cela reste de la curiosité.
Je dévie un peu de sujet car en fin de compte, je ne serai jamais une femme indienne, je ne suis qu'une femme de passage en Inde...
La plus grande démocratie du monde
Je ne sais pas combien de fois j’ai lu ou entendu que l’Inde était la plus grande démocratie du monde. Je ne sais pas combien de fois cette affirmation m’a semblée absurde et déplacée.
Oui, l’Inde est juridiquement une démocratie offrant à chacun de ses citoyens un droit de vote indiscutable. Oui, elle dispose d’un Parlement, d’une Constitution, d’une démocratie locale ultra développée et active. Mais une démocratie se définit-elle exclusivement par des attributs juridiques ? N’est-elle pas liée à des valeurs qui lui sont propres et qui font d’elle le régime politique le plus convoité de la planète ? L’égalité par exemple ?
J’ai encore du mal à comprendre comment ce système politique perdure au fil des années dans un pays si structurellement et philosophiquement inégalitaire. Un système ultra hiérarchisé que personne ne remet en question et où chacun semble trouver sa place. On comprend les échecs de la diplomatie américaine au Moyen Orient, région où la culture, les traditions et la société peuvent paraître profondément hostiles à toute forme de démocratie. Ici, il n’en est rien. Ce système a été imposé et s’est progressivement ancré dans la culture et le mode de fonctionnement indiens après le départ des Britanniques. Il n’a jamais été remis en question et personne ne songe à le remplacer.
Je suis en train de lire un ouvrage très instructif, « Le destin de l’Inde » de Pavan K. Varma. J’aurais dû le commencer plus tôt. Il donne plein de clés pour comprendre ce pays. L’auteur y explique que la démocratie a été perçue comme positive par les Indiens « en raison de sa capacité unique à donner de la légitimité aux hiérarchies, tant anciennes que nouvelles ».
Il rajoute : « la démocratie n’a pas adopté l’Inde. Les Indiens ont usurpé la démocratie parce qu’elle pouvait se mouler dans les anciennes structures sans les menacer ». Elle a permis aux basses castes de prendre conscience de leurs droits, et de leur capacité à détenir un pouvoir sur le système politique, de part la proportion de citoyens qu’elles représentent. Elle a aussi et surtout permis aux castes plus élevées d’instrumentaliser les plus démunis qui deviennent ainsi un grenier infini de voix électorales.
Le gouvernement indien a mis en place un système discutable de discrimination positive par l’établissement de quotas permettant aux castes les plus basses d’accéder à des postes de fonctionnaires. Sur le fond, l’idée de permettre à ces gens une certaine ascension sociale est une bonne idée. Mais une fois de plus, comment affirmer que les castes n’existent plus en mettant en place de tels quotas ?? De plus, le système est tellement pervers que la caste supérieure à celle visée par cette loi a demandé aux autorités d’être rétrogradée dans la hiérarchie sociale afin de pouvoir en bénéficier… ! Bref, cela reste toujours, pour nous, un paradoxe incompréhensible, un grand mystère…
26 octobre 2008
Ambiance festive chez Altios
Comme dans toutes les entreprises, quand la big boss n'est pas là, c'est ambiance détendue !
Depuis que je sais que Karan joue de la guitare, je le harcèle tous les jours pour qu'il l'apporte au bureau. Karan, c'est notre office boy, celui qui réserve les taxis en hindi, qui commande le déjeuner, qui fait le café et le thé. Karan, c'est l'incarnation vivante du système des castes, de l'inégalité en Inde. Karan, c'est la gentillesse et la dévotion incarnées.
Alors, quand vendredi dernier, Karan accepte d'apporter sa guitare, je suis tellement contente et émue. Il passe sa journée à jouer à son bureau.
On s'enferme tous les deux dans la conférence room; il joue Hotel California et je chante. C'est un moment que je n'oublierai jamais.
Il est tout gêné et, en même temps, il a l'air tellement fier. Je le vois dans ses yeux.
Je commence une session Canon... Il se détend et se met à poser... il est trop drôle... !
Puis, il nous rejoint avec Antho dans les escaliers où j'ai fumé tant de cigarettes.
More pics in Altios
24 octobre 2008
Etat second
Alors voilà ma deuxième vraie crise de nerfs s'est déclenchée.. Mais quand je dis vraie crise, je veux parler d'un état dans lequel je n'ai pas le souvenir de m'être déjà mis en France, ni nulle part ailleurs..
Ce soir, on avait tout prévu, partir en bus dans le désert du Rajasthan dans un hôtel magnifique avec une vue superble surplombant le lac de Pushkar et ses innombrables ghâts. Prévue aussi l'excursion à cheval dans le désert. Prévu le week-end de malade.
Ce sera encore Delhi pourtant. Après Calcutta qui tombe à l'eau, ça commence à faire beaucoup.
En arrivant au tourist office de la gare, le bus part soit disant à 22h au lieu de 21h. Jusque là, rien de grave, on est en Inde. C'est à nous de nous adapter à leur ponctualité évasive. Deuxième nouvelle, le train du retour est annulé. Les minutes passent... Nous sommes les trois seuls passagers du bus... étrange.
Par essence, l'Indien ne sait pas dire non; quand on lui demande "when", il répond "wait"... Mais, moi, au bout d'un moment, je ne sais plus "wait".
Donc c'est là qu'intervient mon pétage de câble géant. Antho et Jess me laissent gérer la situation. Je ne m'effondre pas, j'explose.
J'aurais bien aimé qu'on me filme... ! Ce pays nous rend dingue...
Pourtant, je ne me reconnais pas, on est rentré chez nous penaud depuis une petite heure et la crise est déjà tombée.
Cette vie nous apprend à rebondir... !
23 octobre 2008
Douce enfance
Aujourd'hui, je me sens plutôt bien.
Malgré toutes les horreurs que j'ai pu voir aujourd'hui, tous ces gens amochés par le chemin tumultueux de leur vie.
Malgré cette misère à laquelle je ne pourrai définitivement jamais me faire, malgré tous ces regards de souffrance.
J'ai quand même vu aujourd'hui tous ces petits enfants de PaharGanj et tous ces petits garçons vendeurs de magazines des feux rouges. Et tous ceux là ont un sourire qui nous emporte loin, qui nous fait tout oublier. Ils ont l'air heureux de vivre dans l'inconscience de leur misère. Ils ne connaissent rien d'autre. Hormis des problèmes de santé, ils donnent l'impression que rien ne peut les affecter. Je ne sais pas ce qu'ils reçoivent, de quel amour ils sont porteurs, mais ils savent tellement donner.
Je pourrais passer mes journées avec eux. Avec leur joie de vivre, avec leur seul besoin d'affection et de douceur, dans un monde qui les brutalise tant. Il y aurait tellement de choses à faire pour eux....
22 octobre 2008
Chanson cachée – Je sais plus
Je sais plus si j’ai mal ou si c’est l habitude d’être toujours celle qui chiale et qui se prend tous les murs
Je sais plus si j’ai froid ou si c’est le vide qui me glace, les os et puis les doigts quand ça devient trop dégueulasse
Je sais plus si je rêve encore ou si mes songes mêmes sont morts
Je sais plus si je t’attends, si je fais juste semblant
Je sais plus si je veux mourir ou si je veux croire toutes ces conneries que j'me raconte pour dormir et sortir de mon lit
Je sais plus si je cicatrise ou si je pisse encore le sang, si je suis moi, si je me déguise, si je voudrais encore un enfant
Je sais plus si je rêve encore, si mes songes mêmes sont morts
Je sais plus si je suis foutue ou si je vis effrontément
Suis-je malheureuse, je sais même plus si je recule ou vais de l’avant
Je sais plus si c’est ta voix qui me donne la nausée au réveil ou si c’est le gris au-dessus des toits et si c’est le gris, c’est pas pareil
Je sais plus si je rêve encore, si mes songes mêmes sont morts
Je sais plus si je pleure ou si je ne crois plus en rien, si mes larmes coulent sur ton cœur, si mes rires brûlent dans tes mains
Je sais plus si c’est normal d’avoir le cœur toujours trop haut qui se soulève dans mes entrailles et bousille mon cerveau
Je sais plus si je suis trop moche ou si c’est le seul fait du miroir qui m'brise en morceaux et m’écorche l’estime et le regard
Je sais plus si, sur ta langue, il te reste un peu de mon amertume, si je coule ou si je tangue entre la mer et l’écume
Je sais plus si je rêve encore, si mes songes mêmes sont morts
Je sais plus si je t’attends ou si je fais juste semblant.
21 octobre 2008
Loneliness
Antho a laissé son macintosh, il est parti roucouler pour de vrai... Je suis donc toute seule dans notre grand appartement depuis plusieurs jours. C'est dingue comme on s'habitue à une présence. Ca va quand même bientôt faire quatre mois que l'on ne s'est pas quitté, hormis lors de ma brève parenthèse en France. La journée au travail, le soir chez nous, les week end dans Delhi ou ailleurs. On se recrée vite un petit cocon quand on est si loin. Et quatre mois dans un si loin si différent, ça rapproche forcément.
Je n'aurais jamais pu imaginer qu'une colocation se passe si bien. Sûrement parce que l'on vit tellement de choses bouleversantes que nous n'avons pas le temps de nous attarder sur les petits tracas du quotidien. Certainement aussi parce qu'à force, on se connaît par coeur. On se comprend souvent sans se parler. On sait quand l'autre a besoin d'être seul, ou au contraire, quand il a besoin d'extérioriser. Ca se passe peut-être aussi si bien parce que ce n'est pas une fille et que nos relations sont donc bien différentes. Je ne vois presque jamais de filles ici. Ca fait quatre mois que je passe mes journées et mes soirées avec des mecs. C'est assez agréable d'avoir un regard différent, une sensibilité différente. Je n'ai jamais été très fillasse... je crois que je le suis de moins en moins.
Ma mélodie indienne
J’aimerais trouver les mots, les mots justes, les mots qu’il faut.
Tous les mots sont démodés, tu sais.
Alors j’écris, je cherche encore, les mots vrais les mots plus forts.
J’ai l’impression que j'trouverai jamais
Je sèche comme tu vois, et toi, tu me dis qu’elle est mélo, tu me dis qu’elle est mélo, ma mélodie.
19 octobre 2008
Priorités
Je crois que le petit garçon que j'ai vu tout à l'heure ne va pas survivre très longtemps. Il était dans les bras de son papa, au feu rouge, avec la peau toute ensanglantée et la main qui pendait pour mendier. Je l'ai vu arriver de loin, je me suis vite cacher les yeux, ils ne peuvent plus voir des images si insupportables. Heureusement, je n'étais pas seule, Xavier était là, sinon je me serai encore effondrée. Je vois de plus en plus de gens malades dans Delhi. C'est toujours plus horrible quand ce sont des enfants. Et quand on sait qu'ils ne peuvent pas être soignés.
J'ai commencé une nouvelle étude. Je suis maintenant spécialisée dans le médical, apparemment. Cette fois-ci, c'est plus dans le domaine pharmaceutique donc je ne dois pas retourner dans les hôpitaux. Juste dans les pharmacies.
En faisant des recherches sur internet, je suis tombée sur des chiffres officiels qui font peur, très peur.
Le gouvernement indien ne consacre qu' 1% de son budget à la santé. Par contre, le Maire de Delhi n'hésite pas à déployer les grands moyens pour embellir sa ville qui accueillera les Jeux du CommonWealth en 2010. Ils viennent de planter je ne sais combien de sculptures sur un des grands rond points de la ville. J'aimerais bien en connaître le coût.
Que feront-ils de tous ces mendiants pendant les Jeux ? Interdiront-ils aux conducteurs de vélo rickshaw de dormir sur les trottoirs ?
Vont-ils déplacer tous ces bidonvilles qui fleurissent en plein coeur de Delhi ??
Je ne serai malheureusement plus là pour le voir, ou peut-être heureusement plutôt...

























