Mélane en Inde

Qu'est-ce-qu'un voyage ? Ce n'est pas un depart, ce n'est pas une destination. C'est un parcours, une decouverte. Voyage-t-on pour decouvrir le monde ou pour se redecouvrir ? Est-ce les hommes qui font les voyages ou les voyages qui font les hommes ?

06 novembre 2008

Coupable de tout, coupable de rien

Je sais, je suis rentrée, il va falloir que je m'y fasse... Mais il me reste tellement de choses à décortiquer, à comprendre, notamment ce sentiment permanent de culpabilité qui m'a rongée pendant ces quatre mois.

Je sais que personne ne peut avoir la prétention de dire et surtout de croire que sa seule petite action pourra changer le monde. Pourtant, on espère toujours qu'une main tendue pourra au moins améliorer peut-être une petite heure de la vie d'un autre, juste une petite heure ou même quelques minutes. C'est toujours cette même question de fatalité. Comment se dire, à 23 ans, encore pleine de rêves et de beaux idéaux, qu'on ne peut rien faire.

C'est peut-être justement parce que l'on reste persuadé au fond de nous qu'on ne peut pas faire grand chose que l'on se sent coupable. Coupable de son impuissance. Coupable de ne rien pouvoir faire. Coupable de ne rien faire du tout. Comment ne pas se sentir mal quand, en rentrant en rickshaw après avoir dégusté un bon dîner au restaurant, on voit ces dizaines de dizaines de personnes dormir sur les trottoirs ? Comment s'endormir paisiblement avec toutes ces images dans la tête ?
Comment ne pas être sensible à tous ces petits enfants des feux rouges qui n'ont rien demandé à personne, encore moins d'être là... ?
Je sais que toute cette misère des grandes villes est une mafia organisée. Je sais que la roupie que je vais leur donner, ils n'en verront plus la couleur, quand le rabatteur sera venu leur fouiller les poches. Je le sais parce que, tant de fois, j'ai voulu donner de la nourriture que l'on m'a refusée.
Alors, d'accord, on se dédouane en se disant que ça ne sert à rien de donner. Mais je trouve ça encore pire de savoir comment marche le système. C'est pire de savoir que des enfants, voire de temps en temps, des nourrissons sont instrumentalisés à ce point. Je trouve ça pire de savoir que des enfants sont enlevés à leur famille ou récupérés dans les rues et battus quotidiennement pour attirer plus de pitié au feu rouge. Je trouve ça pire de savoir que des parents laissent leurs enfants crever aux yeux de tous pour récupérer plus de roupies dans la journée.
Je sais, je suis peut-être un peu trop idéaliste... Mais je ne suis pas parvenue à vivre avec ce quotidien et cette horreur qui se déroulait chaque jour devant mes yeux sans me sentir coupable de ne pas me battre contre tout ça.
Je trouve ça trop facile de dire que c'est comme ça. On en revient toujours au même point... Je ne veux juste pas me sentir coupable d'être fataliste.

Posté par melaros à 00:06 - Inde - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1