Mélane en Inde

Qu'est-ce-qu'un voyage ? Ce n'est pas un depart, ce n'est pas une destination. C'est un parcours, une decouverte. Voyage-t-on pour decouvrir le monde ou pour se redecouvrir ? Est-ce les hommes qui font les voyages ou les voyages qui font les hommes ?

26 septembre 2009

Comme un bon roman qui s'achève

Ce matin, je me réveille avec un brin d'amertume au fond de moi. Une page va se tourner aujourd'hui. La dernière. Je déteste compter les dernières fois. Dernière fois que je dis bonjour au SDF devant le Monoprix, dernière fois que je passe mon badge pour entrer dans le monde de la télé, dernière fois que je prends cet ascenseur, dernière fois que je publie une brève, dernière fois DE MA VIE que je regarde Secret Story. Dernière fois que j'insère mes 80 cts pour mon Coca Light/clope de 11h. Je ne veux pas savoir le nombre de pièces que j'ai lancées dans cette machine. Dernière fois que je vois mon petit du 3ème. Dernière fois que je fume une cigarette dans le petit jardin privé.

C'est comme un bon roman qui s'achève. Un roman avec quelques longueurs (mon mois d'août seule à Paris), et quelques répétitions maladroites (ces quotidiennes sans fin de Secret Story) mais un bon roman quand même. Avec plein de rebondissements : ces soirées pimentées par les messages de mon ami Phiphi, ces moments agréables avec mes trois big boss, ces vendredi soirs seule et perdue devant les écrans incompréhensibles de Final Cut, cette belle rencontre avec Harry et ces montées d'adrénaline quand je pars en interview. Ce petit pic de stress que j'espère ressentir toujours, un peu comme le trac d'un chanteur qui monte sur scène et celui du présentateur de JT juste avant le lancement du direct. Cette anxiété qui prouve que l'on n'est pas encore blasé.

Le problème des bons livres, c'est qu'on a envie de vite les terminer pour en connaître le dénouement, pour avoir une vision de l'oeuvre dans sa globalité, savoir ce que l'on va en retirer. Mais quand la dernière page est tournée, on se dit qu'on aurait bien aimé continuer un peu. On se dit qu'on le relira, même si on sait qu'on ne le fera pas. Il faut rapidement en trouver un autre, se lancer à nouveau dans une autre histoire, s'attacher à de nouveaux personnages, ressentir de nouvelles émotions, apprendre encore et toujours.

Un bon roman qui se termine avec des mots touchants et quelques larmes d'émotion que je garde au fond de mes yeux...

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21 septembre 2009

Beigbeder, mon remède contre la grippe

Je pensais y échapper. Enfin, je pensais que mon blog allait y échapper. Mais non, je vais faire comme tout le monde, je suis obligée de parler de la grippe A. Je vous avoue que tomber malade en ces jours prend une toute autre ampleur que les autres années. Pourtant, je ne suis jamais trop inquiète côté santé. J'en avais déjà parlé en Inde, les médecins, les médocs, tout ça, ce n'est pas trop mon truc. Mais là, depuis deux jours, quand je vois les gens me dévisager à chaque fois que je tousse dans le métro, je me dis qu'il faut quand même faire attention. De toute façon, je le sentais arriver. Dès qu'il y a un petit changement, une petite contrariété dans mon quotidien, mon corps s'exprime ainsi. Dernière semaine chez M6, nouvelle vie chez Géo, départ en Inde... ça fait trop d'un coup apparemment.

Bref. Il m'a fallu près d'une heure sur les pages jaunes pour trouver un médecin digne de confiance pas trop loin de chez moi. Vu les degrés de fièvre que je dois avoir et le peu de calories que j'ai ingurgitées ces dernières 24 heures, je ne me vois pas trop courir les rues de Paris. Déjà mon quart d'heure à pied m'a paru insurmontable. Le sujet de la grippe A me revient à l'esprit quand je m'installe dans la salle d'attente. Trois femmes sont déjà là, le visage atterré, les yeux cernés, la toux sèche. Vous imaginez tous les microbes qui doivent se propager dans une salle d'attente. C'est un coup à repartir avec la grippe A alors que vous veniez pour une angine. Après trente minutes d'attente, j'entre enfin dans la salle de consultation. Le médecin me demande si j'ai pris ma température chez moi, si j'ai un thermomètre. J'ai failli lui expliquer qu'avec moi c'était beaucoup plus simple. Oui, j'ai un thermomètre un peu particulier... la vitesse avec laquelle je descends mon paquet de cigarettes. Rapidement, je décris mes symptômes, mon angoisse doit se lire sur mon visage. Non, non, c'est bon, ce n'est pas la grippe A, juste une bonne rhino-pharyngite mêlée à une belle bronchite mais pas cette satanée grippe. Je suis rassurée. Ca fait sourire le médecin. Il doit voir des gens paniqués toute la journée. Surtout depuis que ce jeune stéphanois est décédé alors qu'il ne présentait aucun problème respiratoire. Pour cette fois, j'y échappe, je peux tousser en toute liberté sans avoir peur de contaminer mes voisins.

Donc rien de grave, juste cette sensation très désagréable de ne pas contrôler la situation ni même son propre corps. Passer quelques jours enfermée à ne rien vouloir faire, peut-être juste lire quelques pages du dernier Beigbeder avant de plonger dans un profond sommeil. D'ailleurs à propos de ce nouveau roman, j'avais commencé à écrire quelques lignes le week-end dernier mais un coup de téléphone avait dû couper court ma réflexion. Voici ces quelques pensées inachevées...

12 septembre 2009

Une séance de lecture à la terrasse d'un café. Je ne sais pas pourquoi je n'arrive pas à lire chez moi, je dois sortir, c'est comme ça. Je viens d'acheter le dernier Beigbeder. Je crois que ça m'inspire. Je ne sais pas pourquoi j'aime autant ce personnage si suffisant, sûrement pour son écriture incisive, son regard cynique sur la vie, ses mots crus et sincères.

Je me demande si je n'aurais pas envie d'écrire un livre un jour. Un livre qui n'intéresserait personne et qui ne se vendrait pas, mais un livre que j'aurais écrit. Un livre sur une vie des plus communes, mais un livre sur ma vie. Non pas "ma vie, mon oeuvre", je ne pense pas avoir un jour la prétention de croire que j'aurais accompli quelque chose qui mérite ce qualificatif. Juste un livre que j'aurais personnellement écrit. Parce que quand on écrit, plein de souvenirs ressortent. Des choses dont on n'avait nullement conscience mais qui sont pourtant bien là. Chacun sa thérapie. Je crois que j'ai trouvé la mienne. Parce que quand on écrit, on immortalise sa vie, on fige les instants, les émotions, les sentiments. Moi qui suis terrorisée par l'oubli. Parce que les écrits restent, même si c'est un supplice insurmontable que de se relire. Ca pourrait toujours être mieux, mieux écrit, plus sincère, plus réfléchi. C'est un travail sans fin, un tunnel sans lumière au bout.

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15 août 2009

Sail away with me

RAS dans le train qui m'emmène vers mon mini paradis à part une fille qui m'a fait sourire, une fille avec du vernis rose sur les pieds qui a profité du sommeil de son chéri pour inspecter ses messages sur son iPhone...

Ma matinée était beaucoup plus intéressante que mes cinq heures de train... Réveil à 7h30. 8h : embarquement. Mes pensées se réveillent doucement, entre le flou d'un rêve et la réalité bien là d'une nouvelle journée qui se lève. Mes yeux encore endormis, éblouis par ce radieux soleil. Je "sail away" avec David Gray. Je pars au large. Mer d'huile, pas un nuage, personne à l'horizon, aucune ombre au tableau. Trente minutes de navigation, pour un réveil à la fois dynamique mais aussi tellement calme. En arrivant dans cette petite crique à l'eau turquoise, je comprends la raison du sacrifice d'un réveil si matinal. Il y a des choses qui n'ont pas de prix. Des bons moments que je ne raterais pour rien au monde. Un matin comme ça où tout va bien.

http://www.deezer.com/music/playlist/david-gray-30211660

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14 août 2009

Une petite brebis

Première fois que je vois la ligne Une si vide. Je n'ai que l'embarras du choix pour m'asseoir.
Je ne suis plus un petit mouton mais juste une brebis égarée entre Bonne Nouvelle et les Sablons.

Phénomène Twitter oblige, mes articles sont de plus en plus courts...Plus trop d'inspiration, juste un billet d'humeur. Heureusement, je reprends le train ce soir et si je ne suis pas trop fatiguée, je me permettrais certainement de m'immiscer dans la vie de quelques voyageurs. Comme ça, pour faire passer le temps. Et puis, je suis sûre qu'en arrivant à Gare de Lyon, je me transformerai à nouveau en petit mouton.

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06 août 2009

Feeling alone

Ce n'est pas Antho qui est parti à Goa quelques jours, c'est tous mes potes qui sont partis en vacances quelques semaines. Alors, revenez maintenant, ça suffit, c'est plus drôle. C'est pas juste, d'habitude c'est moi qui pars. C'est complètement nul la vie ici toute seule. Les expos, les cinés, le Luxembourg... tout ça quand ce n'est pas partagé, je crois que ça ne m'amuse plus vraiment.

Et puis vous allez rentrer trop déprimés, alors que moi, je serai trop contente de vous retrouver.

Allez, oust, sautez dans l'avion, le train, votre voiture, tout ce que vous voulez mais dépêchez-vous de rentrer... !

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11 juillet 2009

"Nous ne sommes nous qu'aux yeux des autres"

Dans le train qui m'emmène vers mon mini-paradis, il y a cette blonde là-bas, assise pas très loin de moi. Elles sont suffisamment rares pour que je les remarque. Les vraies, je veux dire. Physique classique, presque cliché. Pas très grande, ni fine ni grosse, blonde donc, les yeux bleus bien évidemment, le teint légèrement hâlé. Présentée comme ça, très cliché. Un peu passe-partout quoi. Son regard m’interpelle. J’ai l’impression qu’elle déshabille tout le monde. Non, mais pour qui elle se prend ? Elle se croit mieux que les autres pour avoir le droit de les juger ? Elle doit être en train de refaire le portrait de tous les passagers du wagon. Portrait sévère. Pourtant, c’est bizarre, malgré ce regard franc, presque inquisiteur, elle n’a pas l’air très sûre d’elle. Elle fixe les hommes droit dans les yeux. Mais c’est peut-être juste pour capter un peu d’attention. Parce que peut-être qu’avec ce physique classique, un peu cliché, on ne la remarque pas vraiment d’habitude. Peut-être que cette froideur qu’elle dégage, ce regard un peu dédaigneux, presque hautain, c’est peut-être juste une espèce d’infériorité qu’elle voudrait combler. Elle analyse avant d’ouvrir la bouche. Elle a besoin de sentir le terrain avant de communiquer. Elle a besoin de temps pour que ses yeux s’adoucissent. Elle a peut-être besoin de tuer les autres du regard pour se sentir exister. On dit bien des yeux qu’ils peuvent être revolver c’est ça ?

Je sais pas trop dans quoi je la verrais travailler. Peut-être derrière un bureau bien caché, bien loin du regard et du jugement des autres. Ou peut-être que, quand elle est en confiance, elle se sent capable d’affronter le monde extérieur et de sortir de ce joli monde qu’elle s’est imaginé dans sa tête ? Peut-être qu’elle est capable d’être elle parfois, juste elle, tout simplement.

Je pense qu’elle a une vie sympa. Si elle est dans ce train, c’est certainement qu’elle va passer quelques jours au soleil. Enfin, ce ne sont que des suppositions. Mais bon, quelques jours là-bas, ça veut dire qu’on a une vie plutôt sympa, non ? Cet air un peu triste, c’est peut-être un air de sale gosse qui n’a pas ce qu’elle veut au moment où elle le veut. Ou peut-être qu’il lui manque l’essentiel. Je ne sais pas. Est-ce un défaut de ne pas être satisfait ? Ou est-ce cette quête permanente de la satisfaction qui nous fait avancer et vouloir plus encore ? Moi, je pense qu’on peut chercher toujours plus et encore, tout en ayant conscience de la chance qu’on a d’avoir ce que l’on a déjà. Enfin, ce n’est qu’une supposition de plus. Est-ce qu’il arrive qu’un jour on se sente si comblé que l’on ne se pose plus de question ? Est-ce qu’un jour cette soif permanente de vie et de découverte peut s’évaporer d’un coup ? Suis-je la seule à me poser ces questions ? C’est marrant comme l’image que l’on donne peut s’éloigner de ce que l’on pense être. Sommes-nous cette image que nous donnons ? "Nous ne sommes nous qu'aux yeux des autres et c'est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous-mêmes"... Sartre avait-il raison ?

Dernière question : vous êtes verseau ?...

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28 juin 2009

Un après-midi de juin au Luxembourg

Ce n'est pas Lars von Trier mais un grand malade quand même que j'ai rencontré cet après-midi. Chaleur estivale et francs rayons de soleil qui me réveillent de bonne heure. Je file au Luxembourg. Logique. Coca light, musique très fort dans mon casque, chaise longue, Marlboro light à portée de main. Logique aussi. Un gros dégueulasse s'assoit pile en face de moi, le soleil dans le dos donc. Logique ?? Il tente un eye contact que je me refuse de lui donner. Toujours logique. Et puis, comme prévu, d'un coup il se lève, déplace sa chaise et se pose juste à côté de moi pour entamer la convers. Je crois qu'il n'a pas bien saisi que si je viens ici, de surcroît avec mon casque sur les oreilles, c'est peut-être que je veux être tranquille. Non, cette idée très logique n'a pas du lui traverser l'esprit. Et là, commence un long monologue car, bien sûr, je ne réponds pas à ses interrogations. Pas trop envie de refaire le monde avec lui. Les compliments lourdaux commencent : vous savez que vous avez de très beaux pieds.... ?! Alors, non, celle-là vraiment on ne me l'avait jamais faite. Comme quoi, y a des mecs qui essayent encore d'innover. Une bonne heure de banalités et de questions à la con auxquelles je réponds furtivement par un hochement de tête. Apparemment, j'ai un regard franc... Qu'il ne me demande pas trop d'être franche, parce que là, il risque de passer un sale quart d'heure.

Il s'apprête à me quitter, à plusieurs reprises, mais semble toujours trouver un nouveau sujet pour rebondir... Encore juste cinq minutes... Vous êtes verseau ? Euh, oui... jusque-là, rien de très dingue, il avait une chance sur douze... Et puis quelques minutes plus tard : Vous vous appelez Mélanie, n'est-ce-pas ? Alors là, gros flip, plus rien de logique du tout. Oui, c'est ça, au revoir, je n'ai pas envie d'en savoir plus. Apparemment, il a l'air tout fier de sa trouvaille. Il commence à me sortir un long discours sur la magie, les intuitions, la télépathie et tout ce genre de conneries. Sauf que moi, j'ai eu très très peur alors je me suis vite enfuie.

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19 mai 2009

Keep your eyes wide open

Bus 39. Encore dans les transports. La musique très fort, collée contre la vitre, personne pour me déranger dans mes pensées. Les beaux monuments de Paris. La traversée de la cour du Louvre la nuit. Si je ne travaillais pas demain, je crois que je me serais arrêtée. J'aurais attendu le prochain bus. Juste pour voir. J'espère que même dans dix ans, j'aurai encore ces yeux grand ouverts sur toutes ces choses qui m'entourent, je serai encore émerveillée par ces choses simples du quotidien qui font que chaque jour peut être une belle journée si on la prend du bon côté. Oui, parce que ce n'est pas parce que je suis souvent en retrait, distante et dans ma bulle que je ne fais pas attention à ce qui se passe autour de moi. Au contraire, j'observe, j'écoute, j'imagine. Peut-être parfois trop. Ensuite, l'avenue de l'Opéra. Et plus loin, Strasbourg Saint Denis. Les putes de la nuit, les skaters devant Monoprix, les saoulards en bas de la Porte Saint Denis, les mecs titubants qui m'ennuient. D'ailleurs, je crois qu'il y en a un qui me suit... C'est aussi ça Paris...

Souvent, je me dis que je vais arrêter ce blog, je me dis qu'il n'a plus aucune légitimité. Je n'ai pas envie qu'on me prenne pour une de ces adolescentes qui vide son sac devant tout le monde, pour ces gens que je ne comprends pas qui étalent leur vie chez Delarue ou d'autres devant des millions de gens qu'ils ne connaissent pas. Mais je ne sais pas pourquoi, à intervalles réguliers, pourtant, des idées me viennent. Peut-être parce que ces idées, je n'arrive pas à les dire autrement.

De toute façon, je ne vais pas l'arrêter parce que bientôt, et je crois que le temps jusque-là va vite passer, indianmelane retrouvera sa raison d'être. Parce que bientôt, je vais à nouveau me retrouver face à moi-même. Je vais retrouver mes petits Indiens à qui je pense si souvent. Là-bas, je sais que mes yeux resteront grand ouverts sans effort. Il faudra peut-être même que j'essaye de les fermer un peu sur toutes ces choses que j'ai vues et qui m'ont traumatisée. Pour garder un peu le meilleur et en finir enfin avec ce vilain cauchemar qui me hante...

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05 mai 2009

Comme un brouillon

Dans le train qui m'emmène vers mon mini-paradis, il y a cette petite fille blonde trop jolie. Je ne peux pas m’empêcher de la regarder. Encore toute insouciante, des yeux bleus pétillants. Je ne sais pas si je la regarde parce que je l’envie d’être si jeune, si naïve ou si je me dis que j’aimerais bien avoir une petite fille comme elle. Peut-être que, bientôt, d’ici un ou deux ans, certaines de mes amies vont avoir un bébé. Cela me paraît tellement loin, tellement en-dehors de ma vie. Je vois mon frère construire sa vie, son avenir, une famille. Je ne pense pas que j’en serai là dans trois ans. C’est une bonne excuse de se croire un peu carriériste, ça justifie le reste. On ne compte que sur soi. On n’attend rien des autres. J’aimerais bien rester à mon âge, que le temps se fige quelques temps. J’aime bien ma vie en ce moment. J’aime bien ces journées où j’apprends. J’aime bien ces week-end où je prends mon temps. Pour l’instant, il n’y a que mes réveils que je n’aime pas autant. Je me force à ne pas avoir le temps. Je me force à courir partout, tout le temps. Pas une soirée sans apéro, pas un week-end sans soirée. Le temps passe vite comme ça. C’est bon signe. En Inde, je comptais les heures, les jours, les semaines, parfois même les minutes. Quand j’arrivais au bureau le matin, certains jours en luttant jusqu’au soir. Je comptais les heures où je tournais dans mon lit. Maintenant, je n’ai même plus besoin de compter avant de m’endormir. Je dors déjà. Je ne rentre pas chez moi avant d’être épuisée.

C’est quand même dingue de se dire qu’on a créé quelqu’un. Non mais quand on y pense vraiment. De se dire que la vie de quelqu’un dépendra de nous. On n’a pas le droit à l’erreur. C’est comme quand on conduit. Si on plante sa propre voiture, ce n’est pas si grave. Ça ne tient qu’à nous, ça ne regarde que nous. Mais quand on plante celle d’un pote… Et bien, c’est pareil avec un enfant. On a le droit de pourrir sa vie mais pas celle d’un autre. Et encore, on n’a même plus le droit de pourrir sa vie, tellement la sienne en dépend. Je crois que c’est trop de pression. Je sais, c’est égoïste. En plus, j’adore les enfants. Je crois que j’en voudrais plein qui courent partout. Ça donnera du sens à ma vie. Oui, encore moi, je sais…

La jolie petite blonde aux yeux bleus a deux frères aux yeux bleus aussi. Ils doivent avoir 7, 8 ans. C’est l’âge des questions. Et Maman, pourquoi ? pourquoi ? On n’a pas le droit à l’erreur. Je connais quelqu’un qui sait toujours tout. Je suis sûre qu’il s’en sortira très bien face à ce genre d’interrogatoires. Moi, je crois que je serais obligée de mentir pour garder ma crédibilité de Maman. Ou alors d’improviser mais ça, c’est pas vraiment mon point fort. 

J’ai envie d’fumer. J’ai envie d’arriver. Maman, on arrive dans combien de temps ?
Mentir, vous vous rendez compte. Parce qu’un enfant, je ne sais pas, il ne comprend pas. Dans la vraie vie, je m’en fiche de ne pas savoir. Ou d’avoir tort. D’ailleurs, ça me fait rire parfois. Mais là, je ne peux pas, je n’ai pas le droit.

Dès que je referme mon carnet, une autre phrase me vient. Je dois le rouvrir avant qu’elle ne m’échappe. Après, c’est foutu. L’Inde m’a déclenchée un virus. Avant, ça ne m’arrivait jamais. Vivement que j’y retourne pour que j’me soigne. Maintenant, je ne suis plus la fille qui ne va pas bien, je peux dire que tout va bien. Et quand tout va bien, rien de plus à ajouter. C’est pratique. Je vais bien, ne t’en fais pas. Parle moi de toi.

Si on mettait de la musique dans le train aussi fort que dans mes oreilles, ça ferait une teuf d’enfer. Je réessaye ma théorie de mettre la musique plein pot dans mon casque pour que ma tête se mette à chanter plutôt que de dicter. Mais ça ne marche pas trop. J’imagine tout le wagon se lever et danser sur les sièges. Je deviens cinglée. De toute façon, cela ne risque pas d’arriver ; ils sont tous en train de pioncer. Plus le regard pour faire pétiller le reste et le sourire pour l'égayer.

C’est très laid aujourd’hui ; ça n’a aucun sens. Ça m’est venu comme ça dans le désordre, comme un brouillon que je n’ai pas envie de retoucher.

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14 avril 2009

Un petit mouton entre Bonne Nouvelle et les Sablons

Ce matin, 9h03, j'arrive sur le quai de la 9. Un peu à la bourre aujourd'hui. Un week-end ensoleillé m'a remis dans le bain des grâces matinées. J'attaque ma troisième semaine... Déjà...

Je me souviens de mon premier jour, à 9h sur le quai de la 9. J'ai failli faire une crise d'angoisse quand j'ai vu ces wagons bondés arriver, les gens débarquer et d'autres monter. Surtout à la correspondance avec la 1 à Franklin Roosevelt. A la vue de tous ces moutons qui se suivent. Tous ces gens qui se croisent. Je ne veux pas être un mouton, je veux prendre mon temps. Regarder les affiches des expo dans les couloirs, et programmer ainsi mes sorties culturelles de la semaine. Ecouter le petit guitariste, là-bas au coin. Me réveiller doucement...

Il y a plus de cent ans déjà, un petit prince dessinait un mouton. Si Saint Exupéry l'avait fait aujourd'hui, il aurait pris une toute autre allure. Le mouton serait brun, en costume sombre, chemise bleu ciel, un iPhone dans la poche, un casque sur les oreilles et surtout, une cravate autour du cou, d'ailleurs pas toujours de très bon goût. Comme la matière du costume un peu brillant, la couleur ringarde de la cravate... et le détail, les chaussettes blanches dans des pompes pointues bien cirées. Les filles ne sont plus en tailleur, les hommes sont toujours bien en cravate.

J'ai souvent du mal à respirer dans le métro. Il faut dire que je ne fais pas 2m10 alors je me sens vite étouffée par tous ces géants de la finance qui m'entourent. La ligne 1 est plutôt masculine. Remarque, c'est pas plus mal, ça m'évite d'être collée serrée contre ces poufiasses aux parfums trop fruités. J'espère que mon Chance n'est pas un tel supplice pour les autres...

Premier déversement vers le siège de la SoGé et de la BNP à Havre Caumartin. Le reste rejoindra HSBC à George V ou l'arche de la finance au terminus.
Je peux vous dire que la France est au travail. Ce n'est pourtant pas l'impression que j'avais quand je ne faisais rien, quand je passais mes après-midi à déambuler dans les rues de Paris et que je voyais du monde partout, tout le temps, les magasins bondés du matin au soir.

Je ne veux pas être un mouton sans vie, le regard triste. Pourtant, je commence à leur ressembler. Les yeux fatigués le matin, vides le soir. Moi aussi, je me mets à courir dans les couloirs quand j'ai pris le temps de fumer une cigarette de trop le matin. Ca ne se joue qu'à quelques minutes. Je cours vite pour fuir l'agression du métro, son bruit, ses odeurs, et me précipite avenue Charles de Gaulle pour enfin respirer l'air pur et frais d'une des plus grandes artères de la ville. Antho m'a dit vendredi soir, alors que je revenais assez épuisée de mon après-midi de tournage, que j'avais la même tête qu'en Inde. Et ça, ce n'est pas vraiment un compliment... !

Mais bon, pour une fois, j'adore ce que je fais alors ça vaut bien la peine que je me transforme en petit mouton pendant quelques temps.

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